Le retour à l’école

En rêve, je suis allée pieds nus à l’école. En rêve, j’ai oublié d’apporter les exercices préparés à la maison. En rêve, j’ai été interrogée par un professeur sans connaître les réponses. En rêve, j’ai cherché à me remémorer le cours devant une salle de classe.   

J’ai fait ma rentrée en janvier. J’ai donné un cours dans l’école où j’ai fait mes études supérieures et un autre dans un nouvel établissement où j’ai été accueillie avec des sourires et un verre d’eau. J’ai aussi accompagné une étudiante pour son projet de fin d’études. J’ai retrouvé l’odeur des feutres sur les tableaux blancs. Les matins brumeux d’Ile de France en hiver et au début du printemps. Le crissement du lino sous les chaussures.

La pratique est souvent très différente de la théorie. Dans les matières que j’enseigne. Entre ce que j’imaginais et la réalité.

Les masques ne m’ont pas dérangé. Ni le mien ni ceux des étudiants dont je lisais les expressions. Les horaires matinaux non plus, même si l’insomnie me guettait la première fois que je me rendais dans un nouvel établissement. J’ai appris les prénoms des élèves. J’ai eu beaucoup de mal à leur dire « vous ». Ils m’ont presque toujours appelé « Madame », même ceux de mon ancienne école que j’encourageais à m’appeler par mon prénom et à me tutoyer car c’est la pratique admise pour tous les diplômés. J’aime marcher dans les salles de classe, changer de voix et de ton, raconter des anecdotes de ma vie professionnelle. Les meilleures sessions mélangent théorie, exemples et cas pratiques à réaliser par les étudiants.

J’ignore si j’aurais réussi mes études avec les distractions actuelles. Smartphones et ordinateurs sont des rivaux redoutables, en salle de cours et à l’extérieur.

« Es-tu partante pour redonner le cours l’année prochaine ? » me demande la coordinatrice de l’un des deux cours enseignés cette année. Après ma réponse affirmative, elle ajoute « On change le format. Quatre matinées sur une même semaine. Et en anglais ». Il est trop tard pour reculer face à l’obstacle. L’adrénaline du défi m’appelle.

Ce goût du risque m’a conduit à accepter d’être filmée pour une formation qui sera diffusé sur une plateforme en ligne. J’ai préparé un nouveau support de cours. Je me suis entraînée à le présenter. J’ai ralenti mon débit de paroles. J’ai utilisé mes mains comme des métronomes. Je me suis habituée à parler à un écran plutôt qu’à des étudiants. J’ai enfilé une de mes petites robes noires. Mais quand les nerfs se sont emparés de moi, quand j’ai commencé à perdre le fil devant la caméra, à chercher mes mots et à perdre patience, ce n’est pas mon expérience d’enseignante qui m’a été utile, ni les moments passés sur scène avec une chorale ou une troupe de théâtre. Quand ma gorge s’est nouée et que ma confiance s’est envolée, quand j’ai pensé à quitter le studio pour ne jamais revenir, c’est à un autre souvenir auquel je me suis cramponnée. J’ai pensé au permis de conduire. Aux examens ratés. Et au fait que je n’avais jamais abandonné.

Image par Bokskapet de Pixabay

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