L’anticipation du voyage

J’aime les voyages. Les voyages rêvés, ceux qui ne laissent que leurs échos. Les préparatifs, pétris d’adrénaline. Les retours, quand vient le temps de défaire les valises et de partager les souvenirs. Les voyages eux-mêmes.

Je m’apprête à prendre un vol long-courrier vers l’Ouest, avec une destination : Atlanta.

Je scrute les sites web qui mesurent l’avancée de l’automne sur les feuillages dans les Appalaches voisines, et, par écran interposé, je dessine les érables, les chênes, les hêtres parés de leurs couleurs rouges, jaunes et vertes, j’entends déjà le crissement des feuilles sous mes pas.

J’explore les cartes de la ville, elle qui est née d’un nœud de chemins de fer, à mi-chemin entre Washington DC et la Floride, entre l’Atlantique et le delta du Mississippi. Je repère la maison de Margaret Mitchell, le jardin botanique, l’église et la maison natale de Martin Luther King. Leurs maisons sentiront la sciure de bois et l’encre des livres. Je superpose le plan du métro et je souris de voir encore l’influence d’autres Jeux Olympiques.

« Est-ce que je prends des chaussures de rando ? Quelle est la sensation thermique dans la journée ? » je demande à mon hôte et amie Catie par téléphone, alors que je suis partie en balade sous le soleil de l’automne dans ma ville natale. Je cherche des derniers petits cadeaux à emporter. La valise se remplit dans ma tête avant même que je ne la sorte du placard.

Midterms, swing states, representatives, senators. Les médias américains égrènent l’échéance qui arrive. Qui sait quels panneaux et quels drapeaux je prendrai en photo devant les maisons, moi qui préférerais me concentrer sur les citrouilles et les squelettes laissés par Halloween ? « Qu’aimes-tu de la France ? » me demanderont les camarades de classe du fils de Catie pour une visite que je dois leur rendre et je crains de leur faire une réponse aussi politique que Mafalda du haut de ses sept ans.

Derniers préparatifs : une machine de linge, des documents administratifs à imprimer, un forfait téléphonique international… Au milieu, je flâne dans les librairies à la recherche de livres se situant dans la région, d’autres Scarlett et d’autres Rhett pour guider ma visite. Je commence à chantonner Georgia on my mind.

Voyager est le plaisir combiné de la découverte et du dépaysement. Cela fait longtemps que j’ai compris que l’anticipation du voyage en était le premier acte. 

Image par Eric Stokley de Pixabay

📧 Pour recevoir les lettres par e-mail

Aucun spam, simplement les prochains articles du blog. Pour lire la politique de confidentialité : ici.

Publications similaires

  • A deux heures de Paris

    Il y a quelques mois (dans une autre vie), j’ai lu un article sur cette expression qui énerve tellement les non Parisiens : « à deux heures de Paris ». Le journaliste ne contestait même pas que le point d’origine soit la capitale. Les plaines les plus fertiles d’Europe de l’ouest et un long fleuve navigable jusqu’à l’océan…

  • Un jardin anglais

    « Comment savoir que Chiswick se prononce sans dire le w ? », je demande à Karen, mon amie nord-irlandaise, elle qui a troqué Barcelone pour Londres il y a bientôt trois ans. « Grâce aux annonces dans les gares ou en écoutant les personnes qui habitent là » répond-elle en riant. Ma sœur et moi sommes à Londres pour…

  • L’été à Barcelone

    L’horloge sur le quai de la station de train de Clot-Aragó, au nord-est de Barcelone, ressemblait toujours à un portail de voyage dans le temps, avec ses secondes tournant dans le sens opposé aux minutes. Libérée de mon sac de voyage, je suis partie déjeuner. À la terrasse du bar-restaurant El viejo café, sous les…

  • L’église inachevée

    Le repas se termine avec deux cafés noisette, un pour une amie et un pour moi. Nous sommes dans la banlieue de Barcelone, à l’ombre des arbres et des parasols, sur une coquette place de village. En 1890, l’homme d’affaires Eusebi Güell -dont la statue nous tourne le dos- fondait une usine et une ville…

  • Fuseaux horaires

    Lundi, je lutte contre le sommeil. L’écran de l’ordinateur se brouille. Mes paupières lourdes comme du plomb. J’évite le café, ce faux remède. Si j’avais été plus prévoyante, j’aurais planifié des réunions pour me maintenir éveillée dans un flot de paroles. J’attendrai la tombée de la nuit pour pouvoir enfin dormir. Je souffre d’un mal…

  • Une préparation

    Quand l’entreprise où travaillait mon père lui proposa un poste à Buenos Aires, dans cette jeune démocratie qui succédait à une dictature militaire, ma mère trancha d’un « s’il y a des cafés et des librairies, OK ».   Mon enfance en Argentine était une préparation à mon 21e siècle. Apprendre une langue et ses chansons, découvrir…

4 commentaires

  1. Bonjour Caroline rejoignez nous sur Mastodon avec beaucoup d’abonnés auteurs(es) et passionnés de lecture Yanisread@mastodon.online Merci pour ce textes et tout les autres que j’ai lu avec grands plaisirs j’espére vous revoir sur ce réseau sociale identique a twitter même principe avec la violence des échanges en moins

    des bisous

  2. Merci Yanis ! Il faut que je me renseigne sur Mastodon… vu que Twitter devient de plus en plus imprévisible 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *