Bang bang

« Je dois envoyer un SMS à l’institutrice de Henry » me dit Catie. C’est ma dernière journée à Atlanta. Nous sommes toutes les deux dans sa voiture, en direction de son lieu de travail et de la station de métro qui me permettra de rejoindre le centre-ville. « Henry a fait un cauchemar cette nuit. Il a rêvé qu’il y avait une fusillade à l’école. » Elle m’explique qu’elle évite les chaînes d’information et qu’elle veille sur les contenus auxquels ses enfants ont accès. « Elle remarquera peut-être quelque chose dans son comportement ou celui de la classe en général. » La veille, trois joueurs de football américains ont été tués sur le campus de l’Université de Virginie. 

Après mon excursion dans le centre et un déjeuner avec Catie, il me reste une heure avant de partir pour l’aéroport, assez pour une session shopping dans le centre commercial à côté de son bureau. Catie me conseille quelques boutiques. Elle ajoute qu’il y a eu une fusillade récemment dans le mall mais qu’à cette heure-ci je ne crains rien. « Si j’entends quelque chose, je me jette au sol » je réplique. Je ressens un mélange de peur, d’indignation et d’ironie. « As-tu repéré les détecteurs de métaux devant les escaliers mécaniques ? » me demanderont plus tard Catie et ses collègues. Elles parlent de fusillades comme si elles discutaient de la météo ou des embouteillages. Plus tard, je découvrirai un site web qui liste tous les lieux où des fusillades ont eu lieu, un Google Maps de l’horreur.

« Armes à feu interdites » proclamaient les panneaux à l’entrée des musées que j’ai visités en Géorgie et dans le Tennessee. À l’intérieur des musées d’histoire, la violence de l’Histoire américaine s’étalait, indélébile.

Quelques jours auparavant, j’étais dans la classe de CE1 de Henry. Comme ils apprennent le français, c’était une occasion pour eux de poser des questions sur la France. Je me suis rendue à pied à l’école. Je me suis présentée à l’accueil. J’ai avancé dans le couloir recouvert de dessins, de mots et de décorations multicolores. Henry était fier de me présenter à ses camarades comme une amie de sa mère qui leur rendait visite depuis Paris. Assise au milieu des écoliers, j’ai répondu à leurs questions -en anglais- sur des sujets aussi variés que la consommation de pain, mes plats français préférés ou les sports pratiqués en France. « Pas besoin que tu nous dises que tu es Française, on l’entend à ton accent » s’est exclamé un des élèves. « C’est la quatrième langue que j’ai apprise » j’ai répondu en riant.

Leur question la plus difficile était un « qu’aimes-tu de la France ? ». J’ai évoqué la beauté des paysages, les monuments et les villes, les trésors artistiques et les habitants. J’ai ajouté la santé et l’école publiques. Plus tard, pour répondre à une question sur l’organisation politique de la France, je dirais quelques mots sur l’Union Européenne, son projet fédéral.

Enfant, j’ai fait des cauchemars d’écolière, mélanges de leçons oubliées ou de pieds nus, mais jamais, jamais, je n’ai rêvé de fusillades à l’école. Ces cauchemars sans armes à feu, c’est aussi quelque chose que j’aime de la France. 

Image by Hans from Pixabay

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4 commentaires

  1. la france j’aurais ajouté l’eau les fleuves les rivières les lacs et ses cotes ce sont une richesse pour la France
    quant a la santé ,l’école c’était avant plus maintenant !!!!!

    salutations
    meilleur voeux

  2. C’est vrai ! Les écoliers avaient beaucoup de question sur la cuisine française… mais aussi si on avait des pizzas et des pâtes : je les ai rassurés, on n’a pas une frontière commune avec l’Italie pour rien ^^
    & Oui, le contraste entre les cauchemars de Henry et la vision des adultes qui finalement « font avec » était saisissant.

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