Démasqués

Quiconque ayant jeté un masque ailleurs que dans une poubelle.

Ces deux hommes en costume-cravate-attaché case qui prennent le métro à Saint-Philippe-du-Roule, sans masque.

Ce groupe d’amis dans un train pour la Normandie qui n’ont remis leurs masques que sur les demandes expresses des contrôleurs SNCF.

Tous ceux qui, dans le métro, portent le masque sous le menton, sous le nez, sans l’ajuster sur le nez ou tellement lâche sur leur visage qu’il en devient inutile. Ceux qui l’enlèvent car ils téléphonent. Ceux qui le retirent car ils discutent avec leur voisine ou leur voisin de trajet. Ceux dont le masque est tellement usé qu’il commence à pelucher.    

Ce dirigeant d’entreprise qui se tourne vers la deuxième personne la plus gradée dans la salle de réunion et qui lui dit « on enlève nos masques, non ? ».

Ces femmes et ces hommes politiques français qui ont décidé depuis longtemps qu’il fallait que leurs visages nus apparaissent sur nos écrans tout en se gargarisant de l’expression « gestes barrières ». 

Ce débutant dans la vie professionnelle qui se confie « pour prendre l’avion, j’ai réutilisé les résultats d’un vieux test PCR en modifiant juste la date du résultat sur le fichier PDF ».

Les hôtesses et stewards d’Air France qui circulent dans les allées de l’avion sans jamais demander à quiconque de remettre son masque.

Un flic de la police aux frontières qui porte son masque sous le menton au moment de réaliser les contrôles des passeports.

Cette jeune femme maquillée comme un zombie pour une soirée d’Halloween, masque noir sous le menton, assise sur un siège de la ligne 1. Et celle qui, le lundi suivant et dans le même décor, étale du fond de teint sur son visage puis échange ses sneakers contre des escarpins.

Cette collègue qui vient travailler avec une grosse crève. « Je suis sûre que ce n’est pas le Covid, c’est le changement de saison ». Celle qui dit la même chose mais avec le mot « allergie ».

Les utilisateurs des réseaux sociaux qui diffusent des photos ou des vidéos montrant des personnes sans masque et agglutinées dans des intérieurs faiblement ventilés, lors de conférences, forums ou soirées de tout type.

Ceux qui pensent que c’est une bonne idée d’enlever les jauges en discothèque la même semaine où l’on demande aux écoliers de primaire de remettre les masques en salle de classe.

Ce directeur des ressources humaines qui annonce « Je propose qu’on enlève nos masques pour cette réunion, on est tous vaccinés, n’est-ce pas ? ».

Le contact qui me répond « ce restaurant-là est très respectueux des normes sanitaires » quand je lui indique que je souhaite vivement une alternative pour nous voir car le lieu ne dispose pas d’un espace extérieur.

Chaque personne que je croise dans les espaces communs des bureaux où je travaille cet automne sans masque sur le visage.

Celle ou celui qui a eu l’idée de faire de la publicité dans le métro pour des lingettes et des pinces antibuée. Si ce n’est pour la vapeur qui recouvre mes lunettes quand j’arrive dans la station, j’arriverais presque à lire son affiche.  

Format inspiré par le poème Elimination danse, Danse éliminatoire, du poète et romancier canadien Michael Ondaatje.

Image de Ivanovgood de Pixabay

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2 commentaires

  1. Bonjour Caroline merci pour ce texte plus que d’actualité tout est si vrai

    Agréable journée à bientôt

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