Une orchidée

La première orchidée dont je me souvienne m’a été offerte dans un avion qui allait se poser à Singapour. Quelques fleurs, pas une plante entière, confiée par une hôtesse de Singapore Airlines. Des fleurs exotiques, aux pétales découpés et architecturaux, sans parfum, si différente de celles de que je connaissais, les sages marguerites et boutons d’or, les roses mélancoliques, les flamboyants oiseaux du paradis, les azalées audacieuses. 

Même si les orchidées représentent environ 10% des plantes à fleur de la planète, je n’ai jamais cessé de les associer aux voyages, à cet ailleurs qui est devenu plus proche sous l’effet de la mondialisation. Dans mon enfance, kiwis et mangues étaient rares, le saumon fumé un aliment des jours de fête, je n’avais pas encore mangé des sushis ni joué au sudoku. Et personne n’offrait une orchidée au lieu d’un bouquet de fleurs.

J’aime aller à Londres au cœur de l’hiver, quand le jardin botanique de Kew -le plus vieux jardin botanique britannique- expose sa collection d’orchidées sous la grande serre Princesse de Galles. Des milliers de plantes et leurs fleurs de toutes les couleurs, blanches, roses, pourpres, rouges, violettes, sont présentées en massifs, arches et escaliers. À l’extérieur, le mois de février m’accueille avec, au mieux, un pâle soleil, dans un air froid qui sent l’herbe mouillée et la pluie. À l’intérieur, je me réchauffe devant les bassins parsemés de lotus, les yeux captivés par les orchidées.

En novembre dernier, j’ai découvert le centre des orchidées du jardin botanique d’Atlanta, une serre faite de bois et de verre, à l’américaine, aux vaporisateurs précis et quasi industriels, si loin des serres métalliques du Jardin des Plantes parisien ou de leurs cousines londoniennes. Le paradis des orchidées reste le jardin botanique de Singapour où les fleurs poussent en extérieur toute l’année. Le climat tropical de la Cité-État est la seule serre dont elles ont besoin. J’y étais en septembre 2019. Quel plaisir de se promener dans les allées, de savoir qu’ici il n’y a pas de dedans et de dehors pour les fleurs. Quel bonheur de revenir dans cette ville où je me suis posée tel un oiseau migrateur, pour quelques heures ou quelques jours. 

J’ai trois orchidées dans mon appartement. Année après année, je contemplais leurs feuilles vertes et leurs racines, tiges et fleurs depuis longtemps oubliées. J’ai écouté les conseils, essayé de résoudre ce mystère inatteignable de « faire refleurir une orchidée », avec ses kabbales d’eau filtrée, de vaporisateurs, d’engrais spéciaux, de bains d’eau tiède, de savants rempotages et de soleil. Mais cela fait bien longtemps que j’avais renoncé à cet objectif. Et pourtant, placées dans le coin le plus lumineux de mon appartement, sans autre soin particulier qu’un peu d’eau de Paris, l’une des trois plantes s’apprête à refleurir, plus de dix ans après sa dernière floraison. J’ignore de quelle couleur seront les fleurs. De tous mes souvenirs d’orchidées, ce sera le plus inattendu.

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