Sur la Northern Line

À Londres, les plus anciennes stations de la Northern Line sont recouvertes de faïences de couleur rougeâtre (oxblood, pour sang de bœuf). La ligne du Nord trace un axe noir nord-sur sur les plans de métro. Dans les entrées de certaines stations, les billetteries originelles ont été transformées en encarts historiques. Les tunnels où circulent les passagers et les rames sont de formes tubulaires, donnant son nom, tube, au réseau de transport souterrain le plus vieux du monde.

Dans la gare internationale de Kings’ Cross Saint Pancras, l’Eurostar déverse sa foule de passagers. Une grande horloge murale annonce le décalage horaire, cette heure gagnée en traversant la Manche. Un néon rose proclame, juste en dessous, I want my time with you, « Je veux mon temps avec toi. » Beaucoup prennent la direction du métro, mes pas me conduisent vers la Northern Line.

Sur la rive sud de la Tamise, j’emprunte une des stations les plus récentes du réseau, un bout de Northern Line inauguré en 2017 et qui ne figure pas sur mon plan. Elle porte le nom de Battersea Powerstation, l’ancienne centrale thermique au charbon qui produisait 20% de l’électricité de la ville de Londres jusqu’à sa fermeture dans les années 1970. 250 tonnes de charbon étaient déchargées sur le quai toutes les heures pour alimenter les chaudières. Maintenant, un hôtel, des restaurants et des magasins occupent Battersea Powerstation. Un ascenseur en verre circule dans une des quatre cheminées et se suspend, pour quelques minutes, à 109 mètres d’altitude dans le ciel londonien.

« Les touristes pensent qu’ils vont voir Tower Bridge, le pont emblématique de Londres », ironise mon amie Karen, que je retrouve pour une balade et un café à la station London Bridge, toujours sur la Northern Line. Je traverse un petit morceau du Borough Market et sur les rives de la Tamise, en marchant vers l’aval et le Tower Bridge, je contemple la ville qui ne cesse de construire et de se réinventer. L’odeur du fleuve me rappelle que Londres a été le plus grand port du monde.

Au nord, près de celui qui fut le terminus de la Northern Line, je découvre pour la première fois le parc de Hampstead Heath, avec sa vue bleutée vers le centre de Londres depuis Parliament Hill (la colline du parlement), ses chiens qui courent sur les pelouses et ses feuilles de chêne qui crissent sous les pas. Quelques nageurs bravent le froid et la vase et font des longueurs dans les bassins qu’ils partagent avec canards et cygnes. Dans Kenwood House, l’ancienne villa d’une famille aristocrate, devenue musée grâce à deux mécènes du début du 20e siècle, je m’arrête devant un portrait d’un disciple de Rembrandt.

Toujours sur la Northern Line, je déambule dans les allées du cimetière de Highgate, jumeau londonien du Père-Lachaise. Karl Marx fait venir les foules, avec sa tombe qui est sa tête sculptée, érigée par les Soviétiques à quelques mètres de sa tombe originelle. Mais je m’arrête plus de temps près de celle de George Michael, une pierre tombale toute blanche, sans son nom d’artiste et sans aucune mention de la musique qu’il a laissé derrière lui. Je chante quelques lignes de sa chanson The strangest thing : « if I had not asked, would you have told me, if you call this love, why don’t you hold me… »

À Camden, quelques stops plus au sud sur la Northern Line, j’explore Camden Market. Devant un stand qui embaume les frites, une statue d’Amy Winehouse, chignon haut et talons aiguilles, semble attendre ses amis pour faire la fête. D’un ampli jaillit London Calling, la chanson des Clash. Elle a été enregistrée dans un studio du quartier, elle a été écrite pour moi. J’ai passé un week-end à Londres. J’ai passé un week-end sur la Northern Line.

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2 commentaires

  1. Haha. En fait, ça pourrait être les Lettres du monde, si je faisais une collection spéciale voyages 😉
    Merci Mirelle !

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