Bienvenue

Au mariage de ma cousine, sur les rives du Saint-Laurent, au nord de la ville de Québec, les quelques invités Français présents ne sont pas les premiers à mentionner des différences linguistiques.

« J’ai souvent du mal à les comprendre avec leur accent » s’exclame un ami du marié. Il est du sud du Québec et il raconte qu’il a déménagé à Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour son boulot. Loyers moins chers qu’à Montréal, pas d’embouteillage, l’incompréhensible accent local. Je lève les yeux de mon assiette et je croise le regard de ma sœur. Elle me dira le lendemain avoir failli éclater de rire. « C’est comme s’ils parlaient français mais avec la prononciation de l’anglais » poursuit l’ami du marié.

« On a tous un accent pour quelqu’un autre » je suggère avec un sourire, avant de raconter à nos voisins de table –tous Québecois– que nous avons eu du mal à comprendre la serveuse du restaurant où nous avons déjeuné la veille entre Montréal et Québec et qu’elle avait les mêmes difficultés à nous comprendre alors que nous parlions tous français.

Notre conversation se tourne vers les anglicismes, omniprésents en France (parking ou paddle) et combattus au Québec (stationnement ou planche à pagaie). Lau et moi évoquons le film américain The hangover, sorti sous le titre Very bad trip en France au lieu de s’appeler Gueule de bois (ou Lendemain de veille, comme suggèrent les Québécois).

Je leur raconte une anecdote de mon premier séjour à Montréal. Quand je remerciais mes interlocuteurs, à la poste, dans les magasins, à la bibliothèque municipale, ils me répondaient tous « bienvenue ». Et je me disais dans mon fort intérieur « c’est fou ce qu’ils sont sympas, ils me souhaitent la bienvenue à Montréal et au Québec » car je devais être identifiée comme une touriste, une Parisienne avec son accent pointu fraîchement descendue de l’avion. Il m’a fallu plusieurs semaines pour comprendre qu’ils traduisaient le You’re welcome anglais.

Le Québec est un régal pour les yeux. Et pour les oreilles. Laurence et moi constatons avec surprise que le métro de Montréal n’utilise que le français, après le bilinguisme catalan-espagnol du métro barcelonais et le « je parle les langues des touristes » du métro parisien.

Quelques jours plus tard, un ami d’une copine expatriée à Montréal affirme, avec raison, « ici, c’est nous [les Français] qui avons un accent ».

Mais les langues disent ce qu’elles disent, même sans le vouloir. Et les Québécois disent « bienvenue » au lieu de « de rien », dans un savoureux méli-mélo linguistique. Et je me suis sentie la bienvenue dans cette Amérique en VF, dans une ville où les ennemis jurés Nelson et Napoléon ont des places ou des rues à leurs noms, où un dessin du poète et chanteur Leonard Cohen occupe la façade d’un gratte-ciel pour saluer sa ville natale et où la simplicité et le sens de l’accueil n’ont jamais été lost in translation. 


Flashback : Il y a un an, je me laissais charmer par le pouvoir des fleurs.

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3 commentaires

  1. Tous ceux qui ont visité la France ont de savoureuses anecdotes à raconter, non seulement sur l’accent mais aussi sur la signification des mots. C’est une des choses qui rend le voyage si amusant!

  2. 100% d’accord. Le voyage c’est aussi voyager dans les mots des autres (quand cela nous est possible).

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