Juste mon imagination

Un dimanche de mai, je m’installe dans mon canapé, ordinateur sur les genoux, destination l’Écosse. Sans les centaines de photos prises (et jamais triées), cette balade serait impossible.

J’ai atterri à Edimbourg en août 2015 dans le sillage d’un roman policier écrit par l’auteur suédois Björn Larsson, Le cercle celtique. Son héros navigue du Danemark jusqu’à l’Écosse et cherche à déceler les mystères d’une organisation secrète dont l’objectif est d’instaurer un État celte dans le nord-ouest de l’Europe. Cela fait vingt ans que je l’ai lu, autant d’années que je rêve d’aller en Écosse.

Je suis venue pour un livre, mais les photos racontent d’autres retrouvailles. Le stade à côté du château d’Edimbourg avec ses drapeaux évoque les matchs de quidditch de Harry Potter. Un Sherlock Holmes de bronze surplombe une place, non loin de la maison natale de son créateur, le très écossais Arthur Conan Doyle. Robert Louis Stevenson repose dans son tombeau. Les touristes se prennent en photo dans The elephant house, le salon de thé où JK Rowling a écrit les premiers volumes de Harry Potter. Dans la librairie Waterstones sur Prince Street, un panneau annonce un événement avec Alexandre McCall Smith et une photo d’Iain Banks, un autre écrivain écossais, mort trop jeune deux ans auparavant, le montre perdu dans ses pensées.

Plus au nord, dans les Highlands, je croise le train qui amène Harry Potter (encore lui) et ses camarades de classe à Hogwards-Poudlard et je chante Skyfall avec Adèle dans la brume de Glen Coe, la vallée natale du plus célèbre espion britannique, James Bond.

Peu à peu, les romans se dissipent dans la légende. Les géants rejoignent l’île écossaise de Staffa depuis la côte irlandaise sur la chaussée volcanique qu’ils ont construite. Les fées se réunissent, assises sur des cercles de pierres. Un mouton ou un lutin surgit de derrière une colline sur l’île de Skye, dont la beauté étourdissante me hante encore, plus sûrement que M. Hyde hante le docteur Jeckyll.

Les photos ravivent tout. Le temps frais et chafouin, mi-soleil, mi pluie. Les midges, ces cousins écossais des moustiques. Les Scottish breakfast avec un peu de haggis. Les fins de journée dans un pub avec du cidre ou dans un cottage avec une tasse de thé et des sablés. La verdure et les lacs et les montagnes et la mer.

À Fort Augustus, le point de rencontre entre le Loch Ness et le canal calédonien, je m’arrête, comme le héros du Cercle celtique, devant The Lock Inn, et ris du jeu de mots signalé par une note du traducteur. L’auberge de l’écluse (inn pour auberge, lock pour écluse) est aussi « enfermée » (locked in) et « l’auberge du lac » (loch inn). Elle se dresse, bien réelle, le long des écluses.

Les dernières photos du voyage me voient à bord d’un bateau de promenade sur le Loch Ness, les yeux perdus dans les eaux sombres du lac. Elles me voient aussi à côté d’une statue représentant Nessie, le monstre du Loch Ness, installée dans une aire de jeux pour enfants. Je caresse la tête de Nessie-qui-est-en-fait-un-dinosaure et fais mine de l’embrasser. C’est la fin parfaite du cercle. Ne suis-je pas venue en chasse de mon propre imaginaire ?

Au moment d’éteindre mon ordinateur, je comprends pourquoi j’ai choisi de regarder ces photos. L’Écosse, c’est un voyage dont j’ai rêvé et que j’ai réalisé. L’Écosse, c’est une promesse tenue. Je suis enfermée dans un Paris rétréci, mais rien ne peut m’empêcher de retourner à The Lock Inn. J’ai juste besoin de mon imagination.   

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