La vie de château

Un samedi matin de début octobre, j’arrive en voiture devant le château de Versailles. J’ai proposé à une amie –qui est au volant– de visiter l’ancienne demeure royale.

Lors de mes dernières balades parisiennes, j’écoute un podcast consacré à la Révolution française qui me captive autant qu’une série télé. L’histoire de France vibre dans mes oreilles et m’encercle en même temps. Les jardins du Palais Royal où Camille Desmoulins haranguait la foule. Les fondations de la forteresse de la Bastille sur un quai de la ligne 5. La statue de Georges Danton place de l’Odéon, au cœur de l’ancien quartier des Cordeliers.

La file d’attente pour entrer dans le château longe la haute grille dorée qui marque la frontière entre la place d’armes et la cour royale. Un panneau explique que la grille originale a été détruite en 1794 et restaurée au début du 21e siècle. L’emblème du Roi-Soleil qui orne le portail brille dans la lumière du matin.     

« Paris – Versailles », j’explique à ma camarade d’excursion, « en octobre 1789, des milliers de femmes ont marché depuis la capitale jusqu’au château de Versailles et, le lendemain, Louis XVI et sa famille ont dû se résoudre à déménager au château des Tuileries, déjà prisonniers du mouvement révolutionnaire. 60 000 fonctionnaires et courtisans les ont suivis à Paris ». 

Nous parcourons les salons d’apparat, les chambres royales, nous photographions la chapelle somptueuse, nous restons éblouies dans la galerie des glaces dans l’opulence des miroirs, des dorures et des lustres. Ce lieu a été conçu pour impressionner ses visiteurs. Et trois siècles après, l’intention de son créateur se manifeste toujours. Mais derrière ce luxe qui s’affiche, je repense à leurs conditions matérielles. L’homme le plus puissant du royaume et l’élite du pays. Ils ne connaissaient pas la faim. Ils étaient éduqués. Mais ils n’avaient ni l’eau courante, ni de salles de bains, ni le chauffage, ni l’électricité, ni des antibiotiques. Avec leurs bains et leur chauffage central, certaines villas romaines devaient être plus confortables. 

Nous continuons notre visite vers une galerie digne du Louvre, recouverte de peintures représentant les épisodes militaires les plus glorieux de l’histoire de France. Dans les salles qui rendent hommage aux généraux de la Révolution, je croise le regard du marquis de La Fayette et explique à l’amie avec laquelle je visite le château qu’il est enterré à côté de la place de la Nation, presque dans ma rue.

La boutique de souvenirs du château vend des bougies et des carnets, des foulards et des cartes postales. Louis XIV et Marie-Antoinette semblent avoir été les principales sources d’inspiration créatives. Sur un rayon, nous découvrons, ébahies, un Bonaparte en Playmobil et je ne peux m’empêcher de penser que le Roi-Soleil se serait vexé que le général corse devenu empereur ait eu sa figurine avant lui.

Nous sortons vers les jardins et admirons les bosquets rénovés, avec leurs statues, leurs arches de verdure, leurs grottes artificielles, leurs secrets dissimulés dans la régularité d’un jardin français. Nous admirons la danse de l’eau dans les fontaines et les bassins. Nous atteignons la limite du Grand Canal et nous déjeunons sous les arbres, à moitié à l’ombre, à moitié au soleil. Pour quelques heures, dans le faste de Versailles, sous un grand ciel bleu et or, nous menons une vie de château.

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