[Les coulisses] Amitiés virtuelles

Introduction : La fin des réseaux sociaux

Un article du journal Financial Times publié en septembre 2025 annonçait la fin des réseaux sociaux… ou plutôt l’aboutissement de leur transformation en média (en anglais, on dit social media, ce qui met en avant l’idée qu’il s’agit de médias contrôlés en partie par les utilisateurs, et par les compagnies qui contrôlent chacune des plateformes). Sur ces plateformes, la création de contenu a atteint un maximum en 2022 et décline depuis. Selon le journaliste, les contenus resteront ceux des marques et des créateurs de contenu qui vivent de leur présence sur les réseaux sociaux… alors que les interactions des utilisateurs se déplaceront vers d’autres plateformes, plus restreintes, comme des groupes WhatsApp ou Discord.

Un échange avec une blogueuse littéraire a été aussi très éclairant. Elle constate également une baisse des échanges sur les réseaux et s’interroge sur le futur. Elle me conseille un compte Instagram comme moindre mal, même si la fluidité des conversations était supérieure sur Twitter (où nous nous sommes d’ailleurs rencontrées). Elle réfléchit à utiliser Reddit ou Discord, mais elle a renoncé à TikTok car elle ne s’habitue pas au format. Et elle me disait que les blogs connaîtraient peut-être un retour en grâce… ce qu’elle observe déjà avec l’audience de son propre blog dédié à la littérature.

J’ai lu cette prédiction sur d’autres blogs, cette possibilité que les blogs développent à nouveau leurs audiences, surtout car certaines personnes souhaitent éviter les réseaux sociaux et leur effet addictif (la fameuse dopamine), la publicité, les idées politiques polarisantes… (raison pour laquelle j’ai quitté de Twitter/X après le rachat de la plateforme par Elon Musk) et le « slop », ces images et vidéos produits par l’intelligence artificielle.

En lisant cet article du Financial Times, je suis retournée en 2001. Le moment où j’ai entendu pour la première fois parler des blogs. C’était très banal, un article dans le journal Le Monde, lu sur Internet. L’idée d’un lieu en ligne où des personnes tenaient des journaux de bord et rencontraient d’autres personnes m’a attiré. J’ai créé ainsi mon propre blog sur le site LiveJournal.com, qui avait été créé en 1999 par un étudiant américain.

Que me reste-t-il de ces années ? En quoi cette expérience était-elle similaire ou différente à celle que je vivrais ensuite sur les réseaux sociaux ? J’ouvre la boîte de mes souvenirs.

Pourquoi j’ai créé un blog sur LiveJournal

J’écrivais déjà

Le format du journal de bord -je peux même écrire journal intime car le site s’appelait LiveJournal, fusion des mots journal, qui signifie journal intime en anglais (faux ami) et live pour signaler qu’il était en ligne sur Internet- m’attirait car j’écrivais déjà sous un format similaire depuis plusieurs années mais sans être lue.

Au printemps 1997, j’ai commencé à écrire régulièrement dans des petits carnets bleus. J’écrivais au lycée, puis en classes préparatoires… et ces carnets ont muté dans les textes que j’écrivais sur mon blog sur LiveJournal. Les textes courts qui deviendront Lettres de Barcelone et Lettres de Paris n’existeraient pas sans ces premières avancées dans l’écriture.

Intéressant de noter que le mot weblog (registre web, web log, si on voulait traduire le mot en français) et son dérivé, blog, ont été inventés en 1997 et 1999 respectivement.

J’avais un ordinateur et une connexion à Internet

Je disposais aussi des moyens techniques pour maintenir un blog sur LiveJournal. À la rentrée 2001, mes parents m’avaient offert mon premier ordinateur portable, dont j’étais la seule utilisatrice. C’était un des achats recommandés pour la rentrée académique. J’avais aussi un accès facile à Internet : chez mes parents, le week-end, nous avions une connexion ADSL (qui avait remplacé la connexion par modem -que je baptisais le cri du chat- car ma mère n’aimait pas manquer des appels téléphoniques sur la ligne et faisait un usage fréquent et avancé d’Internet) et sur le campus, je disposais d’une connexion ADSL ultra-rapide, encore plus efficace.

Paradoxalement, presqu’aucun étudiant n’allait en cours avec un ordinateur pour prendre des notes sur PC directement. Ma génération, c’étaient encore des étudiants avec Bic bleu ou stylo plume, qui prenaient des notes sur des feuilles de papier volantes ou des cahiers. Les quelques personnes qui venaient en cours avec un ordinateur étaient perçues comme des ovnis.

Lors de mon année américaine, je « régresserais » : pas d’ADSL (usage d’Internet par modem) et pas de téléphone portable non plus (alors que j’avais un Nokia depuis quatre ans) car les deux technologies étaient beaucoup plus chères aux USA qu’en France à la même époque. Je n’avais pas la télévision par câble non plus… ce qui auraient choqué beaucoup d’Américains !

Je parlais anglais

Mon niveau d’anglais écrit et oral était bon. Il n’équivalait pas à mon niveau en espagnol et j’aurais toujours un accent mais je lisais déjà régulièrement des livres en anglais (notamment la série Les chroniques des vampires d’Anne Rice), je regardais des films et des séries en version originale (au cinéma et en K7 ou DVD) et j’écoutais beaucoup de musique en anglais.

Mon anglais progresserait de manière significative sur mon campus grâce à des cours en anglais avec des professeurs britanniques ou américains et grâce à cette connexion ADSL qui nous donnait accès à une quantité incroyable de CD, films et séries piratés (sur Napster, puis sur Kazaa, dont les fondateurs créeraient ensuite Skype). Je pourrais ainsi voir avant leur sortie en France séries et films américains… en VO. 

Néanmoins, le blog serait la première fois que j’écrirais en anglais de manière régulière pour le plaisir et non pas pour des objectifs académiques.

J’étais technophile

J’ai grandi dans une famille de technophiles. Mon père a toujours été intéressé par les nouvelles technologies (premiers ordinateurs portables, premiers téléphones portables, caméscopes, walkmans, etc.) Ma mère est devenue une utilisatrice quasi quotidienne d’Internet dès 1997 ou 1998. Nous lisions tous de la science-fiction et des auteurs de SF décrivaient déjà des réseaux comme Internet… même avant que celui-ci émerge, comme dans La stratégie Ender [Ender’s game] de l’auteur américain Orson Scott Card, où les forums politiques sur des espaces virtuels (Internet) occupent une place importante dans l’intrigue du livre.

Je me sentais seule sur mon campus

Après deux années à vivre dans le centre de Paris, je vivais désormais sur un grand campus étudiant. J’avais rejoint quelques associations, je pratiquais le sport les mardis et les jeudis après-midi, j’allais danser les jeudis soir. Étrangement, j’avais toujours cours les vendredis matin. Mais je me sentais seule sur mon campus et, après, le rythme intensif d’apprentissage des classes préparatoires, j’avais le temps de m’ennuyer avec un niveau de pression académique bien moindre.

Je comparais mon campus avec l’émission de télévision Loft story. La première saison avait eu lieu au printemps 2001 : c’était la première émission de téléréalité à la télévision française. Il n’y avait pas de caméras pour filmer 24 heures sur 24, mais je ressentais une forme d’enfermement géographique mais aussi social et culturel sur mon campus.

Alors qu’en classes préparatoires j’étais entourée d’étudiantes qui préparaient d’autres examens (étudiantes en lettres, sciences, médecine…) ce qui avait maintenu un intérêt et une richesse intellectuelle pendant toute la période, nous vivions en vase clos sur le campus et j’étais à la recherche d’autres visions du monde. Aujourd’hui, je saurais décrire cet entre-soi d’étudiants qui venaient tous de milieux sociaux très voisins, les héritiers qui se présentaient comme l’élite de la nation, cette machine qui s’était mise en marche, quoi qu’il en soit, pour gommer nos aspérités et nous faire appartenir à ce collectif. 

J’ai découvert un site de blogs américains

En décembre 2001, cet article du Monde m’a donné envie d’avoir mon propre blog sur LiveJournal. Le site était, à ce moment-là, restreint à ceux qui pouvaient être invités (cooptés, d’une certaine manière) par des utilisateurs existants.

Pour pouvoir créer mon propre compte, j’ai donc demandé un code d’invité à une étudiante basée en Floride qui avait déjà un compte sur la plateforme, choisie au hasard, en lui envoyant un courriel. Elle s’appelait Jen et nous resterions en contact par la suite. J’ai choisi un pseudonyme, un mot court en espagnol qui marquait une intention ou un état d’esprit, et j’ai démarré mon blog.

Quand Skyblog a été lancée en décembre 2002 par la radio Skyrock, j’étais déjà une utilisatrice de LiveJournal et je n’utiliserais jamais ce site qui deviendrait ensuite la plus grande plateforme de blogs en France.

Ce que mon blog sur LiveJournal m’a apporté

Un anti-Facebook ?

Mon blog sur LiveJournal.com était composé des pages suivantes :

  • Une page de profil, sur lequel chaque membre du site pouvait se présenter aux autres. J’avais choisi un dessin comme photo de profil, probablement indiqué que j’étais étudiante. Ensuite, comme tous les autres, j’avais listé une série de passions, notamment mes groupes de musique préférés, mes films et séries fétiches, les livres et auteurs qui m’avaient plu, etc. et des hobbies aussi différents que travel (voyage) ou chocolate (chocolat) ;
  • Une page de blog, sur laquelle viendrait se collecter toutes mes entries, ces moments capturés dans ce journal de bord. Pour chaque entry, il était possible d’ajouter mon état émotionnel (représenté avec des émoticônes) et la musique que j’écoutais au moment d’écrire ;
  • Una page de friends (amis), sur laquelle je pourrais lire les entries de mes contacts faits sur la plateforme ;

Malgré ces éléments « fixes », le site me permettait néanmoins de personnaliser mon blog avec des couleurs et un design qui me plaisaient parmi des centaines de variantes disponibles.

Après plus de vingt ans d’existence des réseaux sociaux sur Internet (d’abord sur nos écrans d’ordinateur et, vite, sur nos écrans de téléphone, le fonctionnement de LiveJournal ressemble beaucoup à celui de Facebook… tout en étant très différent.  

L’anonymat était pratiqué et, d’une certaine manière, encouragé.

À la différence de Facebook, dont le point de départ était un trombinoscope avec les photos et les profils des étudiants de Harvard, la grande majorité des utilisateurs de LiveJournal écrivait sous un pseudonyme, ne postait pas (ou peu) de photos, choisissant comme photo de profil un dessin, un logo ou un personnage de bande dessinée. Beaucoup étaient relativement discrets sur le lieu où ils se trouvaient, leur occupation (étudiants ou salariés), etc.

Les premiers appareils photo numériques existaient mais nous étions bien loin de l’ubiquité qui arriverait avec l’ajout de caméras sur les téléphones portables. Peu disposaient de webcams, d’ailleurs, même si j’en avais une, ainsi qu’un micro (connectables par port USB à mon ordinateur si je me souviens bien) et que j’en ferais usage lors de mon année américaine. Google faisait ses débuts comme moteur de recherche, et Google Image n’existait pas encore.

Les entries que nous partagions avaient plusieurs niveaux de sécurité possibles : public (visible par tous), restreint (visible seulement par les personnes que nous classions comme friends) et privé (visible seulement par nous-même, et, bien sûr, les administrateurs du site).

Comme j’étais victime de harcèlement sur mon campus, je ne donnais que peu d’information permettant de m’identifier, j’écrivais mon blog en anglais et je craignais de croiser mes harceleurs en ligne. Étrange de me dire maintenant, à l’heure du cyberharcèlement qui fait tant de dégâts, que je me réfugiais dans l’anonymat d’Internet d’une situation que je percevais comme inextricable.

Nous ne pouvions pas nous envoyer des messages via LiveJournal (pas de direct messages/DMs dans le langage des réseaux sociaux d’aujourd’hui) à l’exception des commentaires que nous pouvions faire en bas des posts. Toutefois, la pratique était d’indiquer, sur notre page de profil, les pseudonymes que nous utilisions sur les plateformes de messageries instantanées et, plus rarement, notre courriel. Yahoo Messenger, MSN (Microsoft Messenger) et AIM (AOL Instant Messenger) coexistaient mais la plus populaire était celle d’AOL.

Dans un fonctionnement similaire aux groupes Facebook, le site permettait de créer, de rejoindre et suivre des communities (communautés), des pages LiveJournal communes à plusieurs utilisateurs par centres d’intérêt. J’ai ainsi rejoint plusieurs communautés autour de la littérature et des langues étrangères.

Enfin, contrairement à ce qui ferait le succès commercial et les dérives de Facebook, le site ne contenait pas de publicité, ni d’influenceurs, ni d’algorithme :

  • Son financement était garanti par les utilisateurs grâce à des campagnes de dons qui ressemblent aux crowdfundings d’aujourd’hui, ou à la possibilité d’offrir des cadeaux virtuels à d’autres membres (tels des cadeaux du Metaverse) que le site commercialisait ;
  • Aucune entreprise ou célébrité n’avait sa page… ou alors peut-être de manière anonyme. À vrai dire, les seules personnes connues étaient le fondateur du site, l’équipe qui gérait le site avec lui et la mascotte de LiveJournal, une chèvre virtuelle baptisée Frank. Peut-être existaient-ils déjà des proto-influenceurs, des personnes suivies par beaucoup d’autres, mais je n’en ai jamais croisé ;
  • Il n’y avait pas d’algorithme non plus. Sur notre page Friends (Amis), nous ne pouvions voir que les entries des personnes que nous suivions, en ordre chronologique décroissant (c’est-à-dire à partir de leurs écrits les plus récents) et selon le niveau de confidentialité qu’ils nous accordaient (c’est-à-dire que si un utilisateur ne me qualifiait pas de friend sur le réseau, je ne pouvais pas voir ces posts restreints à ses amis) ;
  • Et il n’y avait pas de likes. La seule manière d’interagir avec un post était de laisser un commentaire, d’écrire !
  • Pendant longtemps, il fallait être invité par un membre existant pour pouvoir créer un compte. Cela a dû ralentir la croissance du site mais favorisé cette impression (probablement vérifiée dans la sociologie des utilisateurs de LiveJournal) d’être sur un campus virtuel.  

J’ai écrit sur mon blog entre 2001 et 2008 mais mes années de plus grande utilisation ont correspondu avec mes années étudiantes. J’écrivais sur mes cours, ma vie sur le campus, mes lectures, mes voyages. Mais plus que l’écriture du blog, ce qui me poussa à rester sur LiveJournal ce furent des nouvelles amitiés… virtuelles.

De nouvelles amitiés… virtuelles

Enfant, j’ai lu le très beau livre pour enfants Les deux moitiés de l’amitié, de Susie Morgenstern, où deux collégiens, Salah et Sarah, deviennent amis car le premier compose un jour par hasard le téléphone de la seconde. Les deux héros se parlent régulièrement au téléphone et finissent par se rencontrer.

Sur LiveJournal, une fonction random permettait de découvrir au hasard des profils. Comme leurs écrits et leurs profils ont retenu mon attention, j’ai ainsi rencontré Jen (l’utilisatrice qui me permit de créer mon compte), Sheena (une étudiante résidant à Phoenix dans l’Arizona) ou Matt (un étudiant en informatique qui habitait à Portland dans l’Oregon). Le nom même de friend était comme une déclaration d’intention, un objectif : peut-on devenir amis ? Il y a quelque chose de plus honnête aujourd’hui quand les réseaux sociaux parlent de follower (suiveur).

Puis, le réseau lui-même avait commencé à fonctionner en ma faveur, quand j’ai rejoint des communities et établi des liens. Je rencontrais une blogueuse mexicaine, Marlène, qui faisait des études scientifiques. Je sympathisais avec Victoria (une bibliothécaire canadienne vivant à Vancouver) car nous apprécions toutes les deux les romans policiers d’Anne Perry et d’Elizabeth George. Je rencontrais David, Corinne, Nathalie et Alvaro dans des communautés consacrées aux langues étrangères. Sheena me présentaient deux de ses amis de Phoenix qui étaient aussi sur LiveJournal, Sandy et Frank.

Même si certains blogueurs se connaissaient IRL (in real life, hors du site, « dans la vraie vie »), amis du lycée ou de l’université, collègues et membres des mêmes familles, la majorité était comme moi, disposés à rencontrer des gens à l’autre bout du pays (les USA) ou du monde.

 Petit à petit, conversation après conversation, je me suis fait une dizaine d’amis éparpillés sur la carte d’Amérique du Nord, avec qui j’échangeais via le site (et donc via nos blogs) mais aussi via messagerie instantanée. Nous blaguions d’ailleurs avec Victoria, de manière prémonitoire, qu’un jour nous nous parlerions chacune depuis notre salon en vidéo et par écran interposé. 

Des discussions sur un campus virtuel

J’écrivais sur mon blog, je lisais ceux de mes nouveaux amis. Mais surtout, nos discussions migraient de LiveJournal et des commentaires sur le site vers les messageries instantanées (AOL Instant Messenger, Yahoo Messenger et plus rarement, MSN).

Nous parlions de littérature, de cinéma, de séries, d’écriture et de hobbies. Nous parlions de nos cours, de notre actualité étudiante. La guerre en Irak était en toile de fonds. Avec Frank, nous évoquions le passing auquel nos noms et nos apparences ambigües nous donnaient accès. Je dormais moins que jamais car je passais mes soirées sur le campus à bavarder avec mes amis nord-américains. Ces amitiés m’apportaient beaucoup dans un moment où je me sentais isolée sur le campus, surveillée et pas complètement à ma place.  

Avec les années, j’ai rencontré certains de mes amis de LiveJournal à Paris, quand ils passaient par la France et j’ai rencontré l’une d’eux, Nathalie, à Washington DC. Toujours des moments exceptionnels… mais à chaque fois, plus facile qu’anticipé car nous avions déjà fait amplement connaissance.

Une préparation pour mon année américaine

Ces amitiés m’ont permis d’envisager sereinement mon départ pour les États-Unis en 2003. J’avais l’impression que j’avais pris le pouls de la société américaine, que j’en connaissais l’actualité, les modes de fonctionnement. Grâce aux films et séries que je voyais désormais en VO, mon anglais avait nettement progressé. Et grâce aux conversations écrites par messagerie instantanée, mon anglais écrit s’améliorait tout autant. Je connaissais les émojis, je savais dire LOL (laughing out loud, « mort de rire ») ou BRB (be right back, « je reviens »). Cette préparation a trouvé sa meilleure réalisation pratique le jour où Nathalie m’a aidé à assembler mes meubles Ikea dans mon appartement de Washington DC. Et quand je suis rentrée, mes amis nord-américains étaient toujours là, sur mon écran, disponibles pour une prochaine conversation.

Les leçons de 7 ans de blogging sur LiveJournal.com

Ce qu’il reste de mon blog sur LiveJournal

Vingt-quatre ans après, que reste-t-il de mon blog sur LiveJournal ?

  • Le site existe toujours. J’ai mon vieil identifiant et un mot de passe… mais je ne me suis pas connectée. Qui sait ? La géopolitique pourrait me rattraper ;
  • Les entries elles-mêmes : à défaut de pouvoir les télécharger, j’ai basculé mon LiveJournal sur un compte wordpress, ce que LiveJournal rendait possible. Dans cette opération de transfert, les commentaires, les ajouts (musique, état d’esprit) que j’indiquais à chaque post ont été effacés ;
  • Les conversations par messagerie instantanée sont perdues dans l’éther du web, peut-être pourrais-je retrouver quelques courriels échangés avec mes amis de LiveJournal ?
  • Mon adresse gmail principale a été créée grâce à un code invité (alors que gmail était encore en phase de test au premier semestre 2004) donné par Matt. D’une certaine manière, à chaque fois que je me connecte à cette boîte courriel, j’utilise quelque chose que LiveJournal a rendu possible (notamment, d’avoir une adresse simple, prénom.nom@gmail.com, alors que mon nom est relativement courant en France) ;
  • De la musique : j’ai toujours deux compilations CD envoyées par Sandy depuis Phoenix, que j’écoute de temps en temps. Et j’écoute toujours la musique emo-indie découvert sur ses conseils comme Jimmy Eat World, Death cab for a cutie, Postal Service (dont Give up, l’un des meilleurs albums de l’histoire selon Rolling Stones), Bright Eyes, Dashboard Confessional, Jason Mraz (avant son revirement vers la pop), Mates of state, etc.
  • Des livres : quelques conseils de lecture, de Victoria (A.S. Byatt), de Matt, etc.

Plus généralement, je suis fière d’avoir été une early adopter, d’avoir vécu cette expérience d’Internet quand tout était encore très neuf, d’avoir participé à la genèse de ce que deviendraient les réseaux sociaux, en bien et en mal. Parmi mes amis, seul un d’entre eux, qui avait un blog un peu pointu consacré au rock américain et donc avec une portée internationale, a vécu des expériences similaires. Et si d’autres les ont vécus… alors ils ne m’en ont jamais parlé. Finalement, avec LiveJournal, nous étions les pionniers d’une expérience mondiale. Qui, avant cette date, hormis les systèmes de correspondants (organisés par certains programmes scolaires), pouvait se faire des amis à l’autre bout de la planète sans s’être vus auparavant, avec comme seul point de départ un intérêt commun ou une discussion ?

Une part de moi regrette cette époque, la forme de naïveté et d’insouciance que nous avions avec ces nouvelles technologies. Mais c’est peut-être ma jeunesse qui me manque, mes illusions perdues, pour voler ses mots à Balzac. Ou tout simplement ce plaisir certain que j’avais à allumer mon ordinateur et voir connecté à l’autre bout du monde une amie ou un ami avec qui démarrer une conversation.

J’ai eu de la chance

Avec le recul des années, je sais que j’ai eu de la chance. Je n’ai jamais fait face à des messages désagréables (violents, misogynes, racistes, etc.) ou à une quelconque forme de harcèlement, ni sur la plateforme en général, ni de la part de mes amis virtuels. J’aurais été une proie possible, pourtant, car j’avais tendance à faire confiance à ce que les gens me disaient. Je n’étais toutefois pas imprudente. À chaque fois que j’ai rencontré des amis de LiveJournal « dans la vraie vie », je leur ai donné rendez-vous dans un lieu public (musées, cafés, restaurants). Je donnais très peu d’information sur ma vie et je ne partageais pas de photos.

Néanmoins, quand je découvre aujourd’hui de sombres histoires de catfishing, d’anarques en tout genre, d’enfants ou d’adolescents (souvent des filles) victimes de grooming par des adultes manipulateurs et dangereux, je mesure les risques que j’ai pris.

Mon entourage savait que ces amis existaient, savait que j’étais en contact avec eux. Je me souviens encore d’une de mes tantes expliquant à sa fille qu’il fallait faire attention en ligne. Ma cousine avait peut-être dix ans à l’époque et je comprends que le message de ma tante était essentiel.

La fin de LiveJournal tel que je l’ai connu

Le site LiveJournal a été vendu par son fondateur à un groupe américain puis il a été revendu à une société russe car le site était devenu très populaire en Russie au fur et à mesure des années. De mon point de vue, LiveJournal était devenu une ombre de lui-même : de nombreux utilisateurs étaient partis par méfiance vis-à-vis des changements d’actionnaires ou par attrait pour le modèle proposé par Facebook, les communautés dépérissaient, etc.

J’ai lu une biographie de Brad Fitzpatrick récemment sur Internet : il travaille encore dans le secteur de la tech et indique qu’il a fondé LiveJournal dans son profil. Mais le véritable choc a été de lire qu’il est né en 1980 ! Il avait donc 19 ans quand il créait LiveJournal en mars 1999, 21 ans quand je rejoignais le site.  

J’utilise les réseaux sociaux avec parcimonie

Depuis 2001, marquée par cette expérience d’un proto-réseau social, j’ai utilisé les réseaux sociaux avec méfiance et, le plus souvent, de la modération :

  • LinkedIn (créé en mai 2004) : j’ai créé mon profil sur le site en 2010 ou 2011 avec l’objectif de maintenir mon réseau professionnel. Je suis relativement discrète sur la plateforme (un souvenir d’avoir été harcelée quand j’étais étudiante, je ne souhaite pas attirer l’attention sur moi) mais je garde le contact avec anciens collègues, anciens étudiants des programmes que j’ai suivis, mes étudiants actuels, etc.
  • Facebook (créé en février 2004) : je n’ai jamais eu de compte Facebook. Quand la déferlante Facebook est arrivée, je n’ai pas eu l’envie de rejoindre le site créé par Marc Zuckerberg car j’avais déjà fait l’expérience d’un réseau social (avec LiveJournal, auquel j’étais loyale et que je continuais d’utiliser) et que je craignais être harcelée en ligne par les mêmes qui m’avaient harcelé sur mon campus ;
  • Twitter (créé en mars 2006) : j’ai eu un compte Twitter sous mon pseudonyme d’autrice, principalement autour de mon activité en tant qu’autrice et de la littérature. J’ai gardé mon compte (et j’étais même très accro à Twitter) jusqu’à ce que les effets de l’acquisition de Twitter par Elon Musk se fassent sentir inéluctablement (prolifération des fake news et des contenus d’extrême droite, départ des personnes avec qui j’interagissais vers d’autres plateformes comme Instagram, Threads ou Bluesky)
  • Instagram (créée en octobre 2010) : j’ai eu un compte personnel pendant quelques semaines à Barcelone que j’ai très vite désactivée car j’étais devenue accro… et je me suis occupée du site officiel de mon entreprise pendant un peu plus d’un an, mais de manière très modérée (photos, quelques likes, etc.)

Je suis passée à côté d’autres réseaux sociaux comme MySpace (créée en août 2003), Snapchat (créé en septembre 2011) ou Tiktok (créé en septembre 2016).

Enfin, si j’étais sage, j’arrêterais de consulter LinkedIn sur mon téléphone (où il me distrait bien plus que sur mon ordinateur).

Ce qu’auraient pu être les réseaux médias sociaux

Les Américains appellent social media, médias sociaux, ce qu’en français nous avons nommé réseaux sociaux. Et leur terme est meilleur : il s’agit avant tout de médias, diffusant des contenus, que de réseaux. Surtout depuis que Facebook et consorts ont décidé qu’ils ne nous montreraient pas exclusivement le contenu partagé par les comptes que nous avons choisis (nos « amis » dans le jargon des réseaux sociaux) mais un mix de publicité, de contenus aimés et repartagés par les personnes que nous suivons et toute une autre variété déterminée par leurs algorithmes.

LiveJournal est une trace de ce qu’aurait pu être un autre développement de ces sites :

  • Un financement par les utilisateurs des sites au lieu d’un financement par la vente de publicité et des données personnelles des utilisateurs ;
  • Lire les contenus dans l’ordre dans lequel ils sont écrits, sans algorithme, dans la simple chronologie ;
  • Peu ou pas de photos (nos photos de profil étaient des dessins, des cartoons ou des photos de nos artistes préférés) ;
  • Moins de dopamine… mais peut-être moins de dépendance à ces sites pour les utilisateurs ;
  • Des réseaux proches de la taille que peuvent réellement avoir des réseaux humains, environ 150 personnes avec lesquelles, selon les anthropologues, nous pouvons réellement maintenir des contacts dans la durée.

Anciens amis

Les relations amicales de LiveJournal se sont délitées avec les années, au fur et à mesure que mes amis et moi utilisions de moins en moins la plateforme.

Quand j’ai fini mes études et j’ai commencé à travailler, je me rendais régulièrement en banlieue, en passant plus de 12 heures hors de chez moi en semaine, en récupérant de ma semaine le week-end. Je n’avais pas envie d’ouvrir un ordinateur après avoir passé une partie de ma journée devant des documents. J’avais moins de temps pour mon blog, moins de temps pour les « à côté », ces conversations par messagerie instantanée qui prolongeaient les discussions, qui renforçaient nos liens. Le décalage horaire n’aidait pas. Et si je peux me considérer responsable d’une partie de l’éloignement, chaque amitié était une relation à deux. Cet éloignement était mutuel.

Je réalise maintenant que nos vies bifurquaient : fin de nos années étudiantes, relations de couple, déménagements, confiance nouvelle pour aller vers les autres dans nos vies à l’extérieur d’Internet, etc. Alors, certains de mes amis de cette époque sont des contacts sur LinkedIn… mais juste cela, des contacts, des noms dans une liste, des souvenirs.

Je constate que mes relations avec plusieurs membres de la communauté littéraire sur Twitter ont connu le même sort. Une fois que nous n’étions plus sur la plateforme… rien ne l’a remplacé et les relations ont largement disparu, à l’exception de mes échanges avec une blogueuse littéraire, Catherine, et quelques autrices (Carine, Céline et Charlotte).

Je m’interroge. Par quels moyens certaines de ces amitiés nées sur LiveJournal auraient pu perdurer ? Si nous avions basculé nos comptes et nos échanges vers Facebook ? Si nous avions eu WhatsApp et des smartphones ? Je vois à quel point ce moyen de communication me permet de garder des liens réguliers avec des amis un peu partout. Un message est vite envoyé depuis une rame de métro, dans la queue du supermarché, devant une série. Je maintiens des relations amicales solides avec mes amies de Barcelone même si cela fait bientôt 7 ans que je suis rentrée à Paris. Je parle avec mon amie américaine Catie très régulièrement alors que nous n’habitons pas sur le même continent.

Plus profondément, j’ignore encore si le problème était la racine de ses amitiés. Étaient-elles seulement virtuelles ? Etaient-elles nées via des écrans et donc désincarnées et destinées à le rester ? Plus « parasociales » que « sociales » ? Avec cette interprétation, seule mon amitié avec Nathalie aurait eu une chance de durer car nous avons vécu à Washington DC au même moment et avons eu l’occasion de nous voir à plusieurs reprises.

Des leçons d’amitié

Même si mes amis de LiveJournal ne sont plus dans ma vie, j’ai néanmoins appris plusieurs leçons en amitié :

  • Il est souhaitable (essentiel) de se faire des amis grâce à des centres d’intérêt communs. À Barcelone, comme sur LiveJournal, je me suis fait des amis grâce à des hobbies et situations de vie partagés : la lecture, l’écriture, le chant (la chorale), le multilinguisme, la vie en tant qu’expatriés. Ce sont les deux fois dans ma vie où je me suis fait des amis dans des milieux les plus éloignés de mon milieu d’origine ;
  • « Devenir ami » est un verbe d’action. Si je suis devenue amie avec Frank, Victoria ou Nathalie, ce n’était pas en vertu de cliquer friend sur LiveJournal. Ce sont des centaines de conversations et l’intérêt mutuel que nous nous sommes portés qui ont construit nos relations amicales ;
  • Pour maintenir une amitié, il faut que les deux personnes le souhaitent et fassent perdurer la relation. Il n’y a pas d’amitié unilatérale, pas d’amitié qui ne soit pas un échange ;
  • Des amitiés à distance sont possibles. Je le savais (j’écrivais à mes amies du collège depuis Madrid, mes parents nous en montraient l’exemple avec leurs propres amis) mais je l’ai vécu. Et il y avait ce glamour -auquel je suis toujours sensible- d’avoir des amis partout dans le monde ;
  • Les amitiés à distance ont besoin de la vraie vie… même de manière peu fréquente. Mes amitiés barcelonaises survivent, voire sont devenues plus fortes, parce que je vais régulièrement à Barcelone. Avec Catie, nous ne nous sommes pas vues pendant 7 ans, entre 2015 et 2022. Mais nous avons multiplié les occasions de nous voir malgré l’éloignement géographique.

J’ai continué d’écrire

Victoria m’avait dit un jour, depuis Vancouver, writing is the cheapest form of entertainment (« l’écriture est le loisir le moins cher »). Elle avait raison. Elle aurait pu aussi me pronostiquer que je n’arrêterais jamais, que c’était plus fort que moi.

Je n’ai plus jamais écrit régulièrement sur papier (même si j’ai quelques carnets dans des tiroirs) mais j’ai continué à écrire. J’ai participé à plusieurs Nanowrimo (le défi littéraire qui consistait à écrire 50 000 mots pendant le mois de novembre, l’équivalent d’un roman de 200 pages environ), j’ai écrit des récits fictionnels, j’ai envoyé un courriel par semaine pendant 6 ans (entre 2016 et 2019, les textes qui deviendraient Lettres de Barcelone, entre 2020 et 2023, ceux qui constitueraient Lettres de Paris), etc. D’une certaine manière, ces courriels étaient l’opposé de mon LiveJournal : envoyés par courriel avec mes proches comme destinataires premiers, ils n’étaient ni secrets ni anonymes.

Un groupe d’écrivains

LiveJournal a été le premier moment où j’ai appartenu à une communauté de personnes qui écrivent, où j’ai réalisé que l’écriture n’était pas forcément l’apanage des grands écrivains sur les plateaux de télévision, ni même des auteurs dont je voyais les livres en librairie. Écrire était un hobby, une passion partagée, à tous les niveaux de compétence, pour tout type de public (y compris, le plus évident et le plus proche, moi-même).

LiveJournal est le lieu où j’ai compris qu’il y avait d’autres personnes pour qui l’écriture était un plaisir, une activité à laquelle elles se livraient sans avoir forcément l’ambition d’être un jour publiées. J’ai découvert l’existence du Nanowrimo sur LiveJournal et j’ai aussi compris que certaines personnes écrivaient et lisaient de la fanfiction (même si je commencerai à en lire des années plus tard).

J’ai retrouvé, plus tard, d’autres communautés comme celle-là. Celle du Nanowrimo pendant quelques années, puis le groupe d’écrivains du dimanche matin à Barcelone, la communauté littéraire sur Twitter (composée notamment d’auteurs auto-édités) et, encore aujourd’hui, des auteurs qui écrivent et lisent de la fanfiction.

Ma vie secrète

Mes proches savaient que j’existais sur le site, ma sœur avait même créé son propre profil (qu’elle n’a jamais vraiment utilisé et avec lequel je n’étais pas connectée). Ils entendaient parler de mes amis nord-américains, de nos conversations et préoccupations. Mais jamais dans la totalité.

J’ai gardé cette idée de la confession, de cet espace secret. Comme disait Gabriel García Marquez, nous avons tous une vie publique, une vie privée et une vie secrète. Avec l’écriture, j’oscille entre les trois.

À l’exception de LinkedIn, je ne suis pas sur Internet sous mon vrai nom et je ne l’ai jamais été. Encore aujourd’hui, mes livres ont été publiés sous un pseudonyme et j’écris de la fanfiction, que je partage en ligne à des lecteurs potentiels, cachée sous un nom aurait pu être mon identifiant sur LiveJournal. Je continue de trouver ces connexions fascinantes, des parfaits inconnus qui peuvent entrer en contact avec seulement des mots entre eux, des bouteilles à la mer échangées par-delà les apparences, par-delà les frontières.

Pour un retour des blogs

Les mots nous rassemblaient sur une plateforme dédiée à l’écriture de soi. Ils nous rassemblaient bien plus que la comparaison incessante qui viendrait avec Facebook ou Instagram. Nous étions sur LiveJournal pour écrire, pour libérer nos émotions, pour partager nos coups de cœur et nos coups de gueule, pour lancer un appel, pour exister.

J’aimerais imaginer un retour des blogs -ils ne sont jamais partis après tout, certaines blogueuses et blogueurs ont commencé à la fin des années 1990 ou au début des années 2000 et continuent d’écrire sur leurs sites- avec des personnes qui écrivent, qui se lisent mutuellement, qui écrivent des commentaires, qui deviennent des communautés virtuelles, qui retissent des liens… un mode de communication presque analogue dans un monde digital, avec la magie des mots.

Conclusion : Une dernière bouteille à la mer

Mes années passées sur LiveJournal ont laissé des traces dans ma vie, dans la musique que j’écoute, dans mes pratiques d’écriture (comme le Nanowrimo), dans ma connaissance de la culture américaine contemporaine (programmes télé, séries, podcasts, etc.) mais aussi dans ma curiosité, dans mon envie d’aller vers les autres, dans ma conviction que raconter nos vies et raconter des histoires peut être une première étincelle vers la rencontre. Je suis toujours la petite fille sur la plage des vacances qui souriait aux inconnus.

Des moments de beauté pure me rattrapent encore aujourd’hui. Cet automne, j’ai écouté un CD offert par Sandy, composé de chansons de différents artistes qu’elle avait choisies. À la fin de la compilation, une chanson d’Ani di Franco, Self evident, à laquelle je n’avais pas prêté attention à l’époque, que j’avais toujours sauté. La chanson est un mélange de slam et de chanson, un texte long et complexe pour lequel je n’avais pas le niveau d’anglais, ni la patience. Mais cette fois-ci, je l’écoute. Mieux, j’ouvre une page web pour lire les paroles à l’écran en même temps que l’artiste les chante, les déclame. En 2002, au Carnegie Hall de New York, Ani di Franco décrit les attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Irak qui s’annonce, la destruction de la planète et elle établit le lien évident avec les énergies fossiles, la dépendance américaine au pétrole. Des mots qui prennent des allures de prophétie car rien n’a vraiment changé en presque 25 ans.

Ani di Franco chante et je la traduis de manière très imparfaite :

Give back the night its distant whistle

Give the darkness back its soul

Give the big oil companies the finger finally

And relearn how to rock-n-roll

Yes, the lessons are all around us and a change is waiting there

So, it’s time to pick through the rubble, clean the streets

And clear the air

              Rendons à la nuit son sifflement au lointain

Rendons à l’obscurité son âme

Débarrassons-nous des grandes compagnies pétrolières

Et réapprenons la secousse et le roulement [des trains]

Oui, les leçons sont tout autour de nous et un changement nous attend

Il est temps de trier les gravats, de nettoyer les rues

Et de renouveler l’air

Dans mon salon parisien, plus de vingt ans après, les yeux pleins de larmes, j’ai entendu les mots d’Ani di Franco comme une ultime bouteille à la mer, comme un dernier message de LiveJournal, une dernière confidence, une dernière confession, un dernier « tu n’es pas seule. »

Image par Julia Sorokina de Pixabay

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