La carte de bibliothèque

Je glisse ma carte d’identité dans mon portefeuille et la bibliothécaire me demande : « Habitez-vous dans le 12e arrondissement ? » Ma réponse fuse. « Non, dans le 11e ». Ce que je ne lui dis pas, c’est que la bibliothèque est à mi-chemin entre mon appartement et le lac Daumesnil, ce morceau du bois de Vincennes qui constitue mon ailleurs, mon voyage le plus proche. « Vous pouvez emprunter des livres dès aujourd’hui. » J’inhale le parfum de l’encre et du papier au milieu des étagères du premier étage de la bibliothèque municipale et je repars avec une autobiographie et un roman policier.

J’étais une habituée des bibliothèques. Celle de la ville de la petite couronne francilienne où j’ai grandi. Les piles de romans policiers de couleur jaune de l’édition du Masque. Les samedis après-midi passés à lire un Agatha Christie après l’autre. Puis les séries « Grands détectives » des éditions 10/18, ces romans écrits par des auteures à la fine plume comme Ngaio Marsh ou Ellis Peters. J’ai continué à lire des 10/18, depuis Les chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin, aux premiers romans de Colum McCann ou aux savoureux récits de Barbara Pym.

À l’étranger, aussi. Celle de mon école primaire à Buenos Aires, où je dévorais les aventures du Club des cinq et toutes les séries de la Bibliothèque verte et de la Bibliothèque rose. Celle de mon lycée à Madrid, où j’empruntais des compilations de nouvelles de science-fiction dédiées aux robots, aux voyages dans le temps, aux extraterrestres. La bibliothèque municipale à Washington DC, presqu’à la frontière avec le Maryland, où je réservais les nouveautés, découvertes grâce aux événements littéraires de Politics & Prose, la librairie du quartier. Tous les samedis matin, avant d’aller au supermarché, je m’arrêtais récupérer mes livres.

Et pourtant, cette petite carte que je range dans la poche de mon manteau en sortant du bâtiment est ma première carte de bibliothèque parisienne. Cela fait longtemps que je n’ai plus d’excuses pour expliquer sa longue absence. J’ai acheté des livres, neufs ou d’occasion, j’en ai reçu comme cadeaux, j’en ai emprunté à ma famille et à mes amis, j’ai téléchargé des livres du domaine public (gratuits), j’ai récupéré des livres abandonnés dans la rue ou dans des boîtes à livres… mais j’avais oublié le plaisir simple de se promener dans des rayons en me disant « c’est gratuit » et « d’autres les liront aussi ». Quels sont les titres des premiers livres que j’ai empruntés ? Ils s’intitulent Une éducation et Promenez-vous dans les bois. Tout un programme. Tout mon programme.


Mon bilan lectures de 2022 est ici.

Image by ElasticComputeFarm from Pixabay

📧 Pour recevoir les lettres par e-mail

Aucun spam, simplement les prochains articles du blog. Pour lire la politique de confidentialité : ici.

Publications similaires

  • Entre chien et loup

    Les romans L’appel de la forêt (The call of the Wild dans sa version originale) et Croc-Blanc (White Fang) de l’auteur américain Jack London font partie de ses livres que je pensais avoir lus, probablement dans une adaptation pour les enfants de la série la Bibliothèque verte. Je me serais souvenue des premiers chapitres de…

  • La montagne sans nom

    L’auteur américain Orson Scott Card ouvre les portes à toutes les interprétations de ses romans. Il affirme que si ses lecteurs trouvent un sens nouveau à l’un de ses récits, même s’il n’y avait pas pensé lui-même en écrivant, alors cette version mérite examen et considération. Il faudrait que je relise son chef d’œuvre, La…

  • D’amour et d’ombre

    Dans un carton abandonné rue de Charonne, j’ai trouvé deux livres en espagnol, un recueil de nouvelles de Gabriel García Márquez et un roman d’Isabel Allende, D’amour et d’ombre (De amor y de sombra en espagnol). Dans un pays jamais nommé d’Amérique latine sous le joug d’une dictature militaire, l’intrigue est centrée sur deux héros :…

  • Un miroir de papier

    J’ai commencé il y a quelques jours la lecture de Third Culture Kids: The experience of growing up among worlds. Pendant les années 1960, des universitaires américains ont développé le concept des third culture kids, « enfants de la troisième culture », pour décrire les enfants expatriés. Dans leur définition, la première culture était celle du pays…

  • L’invitation au voyage

    Devant le gigantesque panneau des départs du terminal 2 de l’aéroport de Roissy, je me suis souvent imaginée aller au comptoir d’une compagnie aérienne et dire « je prends votre premier avion, quelle que soit la destination ». J’espère que ce vol m’amènera à la Nouvelle Orléans. « Iras-tu en Louisiane ? » me demandait ma mère au début…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *