Comme un roman

« On dirait un roman ou une série télé » m’ont dit plusieurs amis et connaissances quand je leur ai décrit la vie de l’une de mes arrières-grandes-tantes dans la première moitié du 20e siècle.

Elle avait obtenu son baccalauréat à une époque où les lycées de jeunes filles ne préparaient pas les lycéennes à l’examen. Elle avait quitté Angers, sa ville natale, pour étudier le droit à l’université de Caen. Elle avait rejoint la cour d’appel de Paris. Elle était devenue l’amie ou, en tout cas, la consœur, de nombreuses autres femmes avocates, militantes et politisées, dans cette France de l’entre-deux-guerres où elles étaient encore -malgré leur place dans le monde juridique- des citoyennes de deuxième rang, privées du droit de vote et d’autres droits que l’on juge aujourd’hui essentiels. Les archives des journaux racontent leurs dossiers, leurs combats.

« Une sœur née au 19e siècle, l’autre au 20e siècle. Le symbole n’aurait-il pas sa place dans une fiction ? » Je m’exclame alors que ma sœur m’écoute patiemment lors d’une de nos promenades. J’énumère leurs différences, leurs choix de vie. L’aînée avec sa passion du dessin, son mariage avec un vétéran de 14-18, sa vie tranquille à Angers avec son fils et sa mère. La cadette dans sa robe d’avocate, ses engagements politiques, Paris, son mariage avec un homme qui n’a pas combattu dans les tranchées alors même que la seconde guerre mondiale vient d’éclater. Je les simplifie comme des archétypes, comme des personnages.

Je pense au temps qui passe, aux montres et chronomètres vendus dans l’horlogerie-bijouterie où elles ont grandi, aux horloges apportées de Forêt-Noire par leur arrière-grand-père. Tictac. Les documents d’état civil que j’ai rassemblés sur elles et leurs ascendants pour les envoyer au cousin allemand suscitent d’autres questions. Des articles de presse révèlent des faits oubliés. C’est parfois tellement fou, tellement digne d’un roman, que je ris à voix haute, même en découvrant des événements tragiques ou rocambolesques.

J’ignore si j’écrirais l’histoire de cette arrière-grand-tante. En revanche, je sais qu’il est temps de mettre fin aux Lettres de Paris, cette série de textes commencée il y a trois ans. Dans des temps incertains, les mots ont été la carte et la boussole, des guides et un refuge. J’ai posé des yeux renouvelés sur ma ville natale et sur mes choix professionnels, emprunté de nouveaux chemins de traverse. Il est temps que les mots m’amènent ailleurs.    

Les Lettres restent disponibles sur https://carolineleblanc.com/blog. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité.

Image by David Schwarzenberg from Pixabay

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2 commentaires

  1. Bonjour Bleck,
    Oui, tout va bien ! Je prépare une sélection de textes « Lettres de Paris » pour les publier dans un recueil (comme « Lettres de Barcelone »)
    Je vais toutefois mettre à jour les informations ici sur le blog pour que les lecteurs du blog soient au courant 🙂
    Merci et bon dimanche
    Caroline

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