Match aller

Le stade est visible depuis les quais du RER B. Je m’oriente facilement vers la sortie. J’ouvre mon parapluie contre le déluge qui s’abat sur Saint-Denis et je me dirige à pas pressés vers le plus grand site de vaccination de la région. Le Stade de France a été construit pour la Coupe du monde de 1998 mais je n’y suis allée qu’une fois, en 2014, pour un concert sensationnel de Beyoncé et Jay Z. Autres temps, autres On the run.  

Je prends place dans la file d’attente Porte G, celle indiquée sur ma confirmation. Autour de moi, première ou deuxième dose, parapluie ou non, impatiente ou non, une foule masquée attend. Il y aurait des retards. Personne ne respecte les distances de sécurité. Il n’est pas très clair s’il faut se positionner dans la queue selon nos heures de rendez-vous. Les silhouettes serpentent à l’extérieur des grilles puis dans la cour intérieure et vers les escaliers qui mènent au sous-sol. Une affichette rappelle les documents à produire, pièce d’identité, carte vitale et convocation. Les Français aiment la bureaucratie et les files d’attente. J’envoie un SMS à ma sœur  « Cela va prendre le temps d’un match de foot, comme il se doit ». J’avance lentement.

Près de la dernière volée de marches, un musicien joue à la guitare le classique Another day in paradise de Phil Collins et je chantonne un demi-couplet assourdi par le FFP2. J’ai pensé à prendre un stylo pour remplir deux papiers successifs. Nom, prénom, n° de sécurité sociale, âge, adresse, téléphone, email, antécédents médicaux. Les conversations fusent puis s’éteignent, beaucoup de femmes. Celles qui ont déjà reçu leurs premières doses constatent qu’il y avait beaucoup moins de monde en avril et mai et plus de personnes âgées et m’avertissent que le goulet d’étranglement se trouve à la fin, au moment de récupérer le sésame, cet imprimé qui confirme la vaccination. La médecin confirme que je suis éligible pour la première dose malgré mes allergies au pollen et aux chats. Je m’oriente vers les box de vaccination.

La jeune femme juste devant moi pâlit visiblement quand elle voit une personne recevoir son injection à côté de nous. Et une heure après mon arrivée au stade, je suis vaccinée par un pompier à qui je demande d’un ton léger s’il est sûr de me donner une dose unique et pas quatre comme l’infirmière italienne qui a fait la une des journaux le temps d’une après-midi.  

Je m’assois sur une chaise pliante et j’attends les quinze minutes de surveillance et mon justificatif. Je me prépare à patienter une mi-temps de football car le personnel administratif du centre vient de demander aux personnes vaccinées depuis plus de 45 minutes et attendant encore leur confirmation de s’approcher de leur bureau. C’est le bingo du vaccin : une aide-soignante ou infirmière annonce au micro les noms des personnes dont le certificat est prêt. Elle écorche prénoms et patronymes, nous sommes en Seine Saint-Denis et elle pourrait dicter l’annuaire de la planète entière à voix haute. Je pense à ceux qui attendent encore un vaccin, quelque part dans le monde.

Miracle, le document sur lequel figure mon nom et un QR code est prêt au bout d’un quart d’heure. Je plie la feuille et la glisse dans ma poche. Je monte les escaliers vers la sortie. Je ne suis ni émue ni soulagée. Je ressens un mélange d’agacement et de fierté face à l’organisation du vaccinodrome.

Je passe les portiques du stade porte D. Le score affiche Caroline 1 – Virus 0 et le match retour se joue dans quelques semaines.  La pluie a cessé. J’esquisse un pas de danse, comme Beyoncé en 2014, et prends le chemin du RER B.

Image par Peter H de Pixabay.

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2 commentaires

  1. l’organisation à Nîmes a été exemplaire, je ne sais pas si c’est à cause de la taille de la ville. En tout cas merci d’avoir partagé ton expérience et bon match retour 🙂

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