Retour vers le futur

J’ai revu la trilogie Retour vers le futur réalisée par Robert Zemeckis et produite par Stephen Spielberg avec Michael J. Fox et Christopher Lloyd dans les rôles de Marty McFly et Emmet ‘Doc’ Brown. J’avais regardé les trois films dans leur version espagnole (ou française) avant d’atteindre les 18 ans de Marty McFly alors que mes amis et camarades de classe considéraient déjà les voyages dans le temps à bord d’une DeLorean des « classiques » à la hauteur des Indiana Jones ou des premiers Starwars. 

On ne se baigne jamais dans le même fleuve. On ne voit jamais le même film.

J’identifie la structure de la trilogie autour de trois expériences majeures pour Marty McFly qui va, successivement, rencontrer ses parents adolescents (en 1955), l’homme qu’il est devenu (en 2015) et ses premiers ancêtres sur le sol américain (en 1885). J’apprécie les choix scénaristiques, notamment le fait de concentrer les intrigues sur la ville californienne de Hill Valley et sur les mêmes familles. Au milieu des paradoxes temporels, les films incorporent des clins d’œil à d’autres « classiques ». Marty joue à la guitare le Johnny B. Goode de Chuck Berry en 1955, réalise un moonwalk parfait en chantant Billie Jean en 1885 et imite Robert de Niro dans Taxi Driver en se lançant un « You’re talking to me ? » devant un miroir. ‘Doc’ invoque les livres de Jules Verne comme l’inspiration de sa carrière de scientifique. Je savoure le rythme et l’humour des films, les échos de scènes qui se répètent à différentes époques : Marty rentrant dans un saloon (qui devient un diner puis un restaurant), Marty reconnaissant la voix de sa mère dans l’obscurité, Biff Tanner finissant le visage dans le purin après une course poursuite, etc.

L’intrigue des films s’appuie sur des ressorts anciens : un jeune doit accomplir une quête pour revenir chez lui, aidé par un magicien et un objet magique. Cela pourrait décrire Arthur avec Merlin et l’épée Excalibur. Ici, c’est Marty McFly avec ‘Doc’ Brown et une voiture. Et dans les obstacles qu’il rencontre, le protagoniste comprend mieux le monde qui l’entoure. Arthur réalise son destin de roi. Dans Retour vers le futur, Marty McFly comprend que ses choix d’aujourd’hui –surtout ceux guidés par l’impulsion– emportent des conséquences pour demain mais aussi qu’il a plus de pouvoir qu’il ne le croit sur l’avenir : il n’y a pas de destin.

Le 2015 imaginé par le film me fascine avec des voitures volantes (et des skateboards, nommés overboards, qui flottent), des vêtements qui sèchent automatiquement, des Nike dont les lacets se font tous seuls, des appels vidéo sur des écrans géants dans les maisons (mais pas de téléphones portables) et des hologrammes dans les rues. Finalement, le 2015 de Retour vers le futur ressemble plus au nôtre que le 2019 esquissé par le grand film de science-fiction des années 1980, Blade Runner, avec son atmosphère polluée et ses robots humanoïdes. Mais Zemeckis et les scénaristes avaient surtout pressenti un terrible 1985 où Biff Tanner, l’ennemi juré de George McFly, le père de Marty, est devenu influent et richissime. Avec son teint orange, ses colères et son attitude déplorable envers les femmes, cette version de Biff Tanner préfigurait de manière prémonitoire le 45ème président des États-Unis.

Au moment d’éteindre le dernier de la trilogie, je me souviens. Ces films faisaient partie du panthéon cinématographique des gamins et adolescents de ma génération. Ils ont la saveur des « classiques », de ces œuvres qui peuvent être revues et revisitées plusieurs fois, riches de leurs interprétations possibles. Ils ont une facilité insolente, comme le personnage Johnny B. Goode dans la chanson,  qui « ne savait pas vraiment lire et écrire mais jouait de la guitare aussi simplement qu’il aurait sonné à une porte ».

Image par Igor Ovsyannykov de Pixabay

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