Juillet (dés)enchanté

Il pleut depuis un mois sur le nord de la France. Des vagues descendent les trottoirs des Champs Élysées et des touristes s’abritent du déluge sous des ponchos en plastique. Je ne dois pas être la seule à avoir l’impression qu’il n’y aura pas d’été, que c’est déjà la rentrée, que le mois de novembre commencera la semaine prochaine. Les journaux charrient des mauvaises nouvelles : le mot delta, qui évoquait les formules mathématiques et des planeurs en plein ciel et des voyages long courrier vers les États-Unis, a été volé à son tour.

Le calendrier sportif affirme pourtant que juillet est encore là. Quelle joie d’entendre les supporteurs anglais et italiens entonner ensemble dans les gradins de Wembley Freed from desire de la chanteuse italienne Gala pendant la finale de l’Euro de football. Et que dire du plaisir secret que j’ai éprouvé à les entendre reprendre le Sweet Caroline de Neil Diamond, ce classique devenu l’un des hymnes officieux de la compétition. Djokovic a gagné le tournoi de tennis de Wimbledon. Et dans quelques jours, les Jeux Olympiques commenceront à Tokyo.

Le mercredi 14 juillet, je me promène sur la butte Montmartre. Les vertigineux escaliers de pierre m’appellent vers les hauteurs. Les feuilles des marronniers sont encore vertes. Place du Tertre, les touristes déjeunent ou se font faire le portrait. Ils sont moins nombreux que d’habitude. Ils portent imperméables ou parapluies. Comme moi, ils rêvent du soleil. J’atteins l’esplanade devant le Sacré-Cœur, peu fréquentée.

La ville s’étale, splendide, à mes pieds, aussi blanche que les coupoles qui me surplombent telles une meringue géante, aussi grise et bleue que le ciel. Je rentre dans la basilique sans file d’attente. Vasques d’eau bénite et distributeurs de gel hydroalcoolique cohabitent. Pour réaliser des offrandes, acheter bougies et cierges, des bornes avec paiement par carte bleue ont été installées à côté des troncs traditionnels. J’ignore depuis combien de temps elles sont là. L’église se modernise. Les touristes reviendront, le soleil avant eux. 

J’ai lu récemment un roman publié  il y a un siècle par une auteur anglaise mariée avec un aristocrate allemand, Elizabeth Von Arnim. Dans le livre, quatre Londoniennes qui ne se connaissent pas décident de louer ensemble une villa en Italie près de Gênes pour un mois. Au milieu des fleurs, dans un vieux château au nom évocateur de San Salvatore, elles deviennent amies et se réconcilient avec elles-mêmes. Le titre du roman est bien choisi : Un avril enchanté. Voilà ce que je souhaite pour la seconde moitié de juillet. Un peu de magie des anticyclones. Un peu de chaleur. Et que le juillet désenchanté devienne une escale ensoleillée avant la prochaine tempête.

Image par Uki Eiri de Pixabay

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