La minute animalière

« Tu as toujours une anecdote à raconter sur les animaux ! » s’exclamait une de mes amies lors d’un week-end dans la région de Bordeaux. « C’est la minute animalière » renchérissait une autre avec humour. Depuis, le terme est resté.

Je ne l’aurais jamais remarqué sans elles mais je raconte souvent des faits remarquables ou drôles sur les animaux. Les jambes de la girafe et leur peau aussi efficace que des bas de contention. Les chats qui ont suivi le blé hors d’Égypte. La domestication récente de renards argentés qui ont commencé à aboyer et à remuer la queue tels des chiens.

J’ai lu Histoires comme ça (Just so stories en version originale) de Rudyard Kipling, un livre de contes publié en 1902. Dans le livre, Kipling s’adresse à Best beloved (la mieux-aimée ou le mieux-aimé), l’un de ses enfants et chaque chapitre du livre est un conte. Je ne m’arrêterai pas sur la vision colonialiste, raciste et machiste de l’auteur. C’est celle de son époque. J’espère qu’il n’aurait pas écrit pas le même livre 120 ans plus tard. Je choisis de garder la musicalité de la langue anglaise, l’inventivité et l’humour de l’auteur, la portée du mythe. Et l’amour des animaux.

Une amie de toda la vida m’avait plusieurs fois parlé de ce livre, évoquant avec joie l’enregistrement audio de ces contes de Kipling que ses grands-parents lui faisaient écouter lors de trajets en voiture. Elle avait raison de me le conseiller. Ce livre est un classique, pour les enfants et ceux qui l’ont été.  

J’ai lu un chapitre par jour avant de m’endormir. J’ai eu le sentiment chaque soir que Kipling me racontait une histoire. Quel bonheur d’imaginer avec lui que la création du monde ait pu avoir lieu entre la Malaisie et l’île de Sumatra, dans le détroit de Malacca, au nord de Singapour. Quel plaisir de lire pourquoi la baleine ne peut manger que du plancton, comment le léopard a acquis ses tâches, quel animal a étiré le nez de l’éléphant jusqu’à ce qu’il devienne une trompe et surtout, pourquoi le chat n’a jamais été totalement domestiqué.

Il y a quelques semaines, je riais devant des vidéos d’une otarie qui aime s’allonger sur une chaise longue d’un hôtel des îles Galapagos après s’être baignée dans la piscine et avoir déplacé les touristes trop proches d’elle. Je ne sais pas ce que Kipling aurait imaginé mais quand je me remémore les personnages du Livre de la jungle et des Histoires comme ça, je pense qu’il lui aurait pu lui consacrer un conte. Pour ma part, c’est sûr, je tiens ma prochaine minute animalière.

Image par Diane Olivier de Pixabay

📧 Pour recevoir les lettres par e-mail

Aucun spam, simplement les prochains articles du blog. Pour lire la politique de confidentialité : ici.

Publications similaires

  • L’île de la tortue

    Des drapeaux de pays d’Amérique du nord décorent la rue piétonne qui traverse le cœur de Vincennes. Le soleil, chafouin, joue à cache-cache avec les nuages. Devant la gare RER, les réserves indiennes de l’Ouest américain affichent leurs contrastes dans une exposition de photographies. Je n’ai pas besoin d’un passeport ou d’un billet d’avion.  …

  • D’amour et d’ombre

    Dans un carton abandonné rue de Charonne, j’ai trouvé deux livres en espagnol, un recueil de nouvelles de Gabriel García Márquez et un roman d’Isabel Allende, D’amour et d’ombre (De amor y de sombra en espagnol). Dans un pays jamais nommé d’Amérique latine sous le joug d’une dictature militaire, l’intrigue est centrée sur deux héros :…

  • L’art de la fugue

    Dernièrement, devant une série ou un film, sans réussir à m’en empêcher, je cherche les masques ou le gel hydroalcoolique. Je mesure les distances de sécurité entre les protagonistes. Mon impulsion est d’autant plus forte quand je regarde des productions contemporaines. La magie n’opère plus. J’éteins. Et je cherche des livres dans ma bibliothèque, des…

  • Moon over Bourbon street

    Je ne me souviens pas du jour. Je me souviens de l’émotion que j’ai ressentie.  Quand j’étais lycéenne, nous vivions à Madrid et profitions de la position centrale de la ville pour découvrir le reste de la péninsule ibérique. Des journées à Ségovie, Tolède ou Aranjuez. Des week-ends prolongés en Estrémadure ou en Castille. Des…

  • Etonnant voyageur

    Malgré les oublis et les omissions et les mensonges, lire une autobiographie contient la promesse de rencontrer, par mots interposés, son auteur. C’est un genre littéraire que j’affectionne. La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls a probablement été la première autobiographie que j’ai lue. Je me souviens des Confessions de Saint Augustin et…

  • Arsène Lupin

    « Quand l’élève est prêt, le maître apparaît » affirme le proverbe. La nouvelle série de Netflix inspirée par les aventures d’Arsène Lupin en fait la démonstration. Son protagoniste découvre les livres de Maurice Leblanc à l’adolescence, se refugie dans leur lecture et devient un voleur ingénieux et insaisissable, transposant les techniques de Lupin au 21e siècle. …

2 commentaires

  1. RDV pris pour d’autres minutes animalières 🙂
    C’est une bonne lecture. Lis celle du chat, elle est géniale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *