C’est écrit

La veille du mariage de ma cousine, ma mère et moi avons participé à l’effort commun des derniers préparatifs au côté de ma tante. Attablées dans la cuisine d’un chalet québécois, un peu fatiguées par le voyage depuis Montréal et par le jetlag, nous avons disposé les makrouts, les cornes de gazelle et tous les autres délices préparés par ma tante dans leurs écrins, des papiers à dentelle colorés ou des caissettes à pâtisserie. Des assiettes et des plateaux se chargeaient d’un savoureux défilé de desserts.

J’ai sorti mon téléphone de la poche de mon jean et j’ai mis de la musique sur haut parleur. Un mélange de chansons de trois albums de Francis Cabrel, un album enregistré en concerts dans le début des années 1980, Cabrel Public, et les excellents Sarbacane et Samedi soir sur la terre. Ma tante a souri et a confirmé qu’elle appréciait aussi sa musique.

Dans cette cuisine à des milliers de kilomètres d’Astaffort, de Paris ou d’Alger, je connais les paroles de toutes les chansons jouées sur l’IPhone. En voiture avec mes parents et ma sœur, nous écoutions une grande variété d’artistes, sur tous les supports, K7, CD, souvent la radio. Mais pour la musique française, nous revenions toujours à notre duo d’indispensables, deux chanteurs à textes et à engagement, Charles Aznavour et Francis Cabrel, un mélange de chansons pour le premier, une K7 de l’album Cabrel Public pour le second.

Les routes du sud. Le pourtour méditerranéen, la Corse, l’Espagne toute entière, le Portugal. Les vacances de mon enfance et adolescence. Les paysages qui défilent accompagnés par Cabrel qui chante dans l’habitacle. Les femmes qu’il célèbre, fragiles et fortes, l’ouvrière qui rêve d’une vie meilleure, la femme de ménage d’un hôtel marseillais ou la magicienne dans son jardin. Les héros qui lui ressemblent, guitare à la main et notes plein la tête. Les chemins de traverse qu’il choisit d’emprunter. Une poignée de chansons que j’écoutais comme des histoires, des récits mis en musique, dans ce mélange de poésie et d’engagement social et politique qui le caractérise.  

J’ai vécu dans plusieurs villes, dans plusieurs pays. Y compris, si je me prête au jeu de compter des semaines, deux ans dans des chambres d’hôtel. Le décor continue de changer mais la musique peut voyager partout.

Les pâtisseries ont été soigneusement présentées sur une grande table. Derrière celle-ci, une grande baie vitrée nous laissait admirer la forêt et le Saint-Laurent. Certaines choses ne pèsent pas lourd mais permettent de se sentir comme à la maison : les chansons de Cabrel et, promesse pour le lendemain, jour du mariage, des petits gâteaux accompagnés de thé à la menthe. Les paroles de chanson, comme les recettes de cuisine, s’écrivent sur une feuille de papier, s’apprennent pour toute une vie et s’emportent à l’autre bout du monde.

📧 Pour recevoir les lettres par e-mail

Aucun spam, simplement les prochains articles du blog. Pour lire la politique de confidentialité : ici.

Publications similaires

  • L’été à Barcelone

    L’horloge sur le quai de la station de train de Clot-Aragó, au nord-est de Barcelone, ressemblait toujours à un portail de voyage dans le temps, avec ses secondes tournant dans le sens opposé aux minutes. Libérée de mon sac de voyage, je suis partie déjeuner. À la terrasse du bar-restaurant El viejo café, sous les…

  • Illusion d’optique

    Je marche sur une plage bretonne en fin d’après-midi. Le murmure du ressac accompagne le livre audio que j’écoute en balade. Sur le chemin du retour, mes yeux sont aspirés par l’Atlantique. L’océan et le ciel sont du même bleu, l’horizon s’efface, il ne reste que le tracé beige du sable. Les voiliers et les…

  • Les bons diagnostics

    J’ai marché vers l’océan. L’eau avait la fraîcheur de la fin de l’été, quand les nuits remportent leurs batailles contre le soleil. À marée basse, le sable doux et blanc s’étirait loin des galets du rivage, je n’avais pas eu besoin d’enfiler mes chaussures de plage en plastique. Quand les vagues m’arrivaient à la taille,…

  • Sur les rives du Nil

    Dans une rame de métro qui traverse Paris d’est en ouest, j’ouvre un livre et je suis transportée au Caire, sur les rives du Nil. L’Égypte figure en première place dans la liste des destinations dont je rêve. Cette fascination date de mon enfance, où j’étais happée par les hiéroglyphes, la mythologie et l’architecture de…

  • Caché dans le sable

    Cet été, il aurait fallu que je me méfie de ce qui se cache dans le sable quand je marche. Pied gauche sur une guêpe, piqûre. Pied droit sur une vive –le seul poisson venimeux de l’hémisphère nord–, piqûre. Les années barcelonaises à éviter les méduses et les morceaux de verre ne m’ont pas servi….

2 commentaires

  1. Nous, lorsque nous partions en vacances sur la côte est américaine, mon père nous réveillait à l’aube en faisant jouer la tue tête la musique des Beatles! Que de souvenirs.

  2. Que de souvenirs ! Je pense que certaines chansons peuvent être comme des madeleines de Proust, un chemin vers nos souvenirs 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *